Pour inscrire une société au registre des transporteurs, il faut une personne qui réponde de la compétence de l’entreprise devant l’administration. C’est l’objet de l’attestation de capacité professionnelle : un document nominatif, délivré par le préfet de région, permettant l’exercice de la profession de transporteur public routier, qu’il s’agisse d’un tracteur de 44 tonnes ou d’une fourgonnette de 2,5 tonnes.
L’attestation de capacité professionnelle se gagne de trois façons : un examen national annuel, une équivalence accordée au vu d’un diplôme, ou la preuve d’une expérience de direction. Les trois voies permettent le même exercice, mais ne mènent pas au même endroit, et deux d’entre elles sont beaucoup plus étroites qu’on ne le croit. Voici ce que dit exactement la réglementation en vigueur, et ce qu’elle implique pour qui veut se lancer.
Ce que la capacité de transport autorise
Le règlement européen fixe quatre exigences pour exercer la profession de transporteur par route : une implantation stable, l’honorabilité, une capacité financière suffisante et la compétence. L’attestation couvre la quatrième, et rien d’autre. C’est la première chose à comprendre : l’obtention de l’attestation ne crée aucun droit de transporter, elle ouvre seulement l’accès au dossier d’inscription.
Le document est nominatif et attaché à une personne physique. Une société n’en détient donc jamais : elle désigne un gestionnaire qui en est titulaire, et dont le nom figure à son dossier. Si cette personne s’en va, l’entreprise dispose d’un délai pour la remplacer, faute de quoi son autorisation d’exercer tombe.
Le code des transports distingue quatre intitulés, qui ne sont pas interchangeables :
- Attestation de capacité professionnelle en transport routier de marchandises : tous véhicules, sans limite de tonnage. Couvre aussi le déménagement et la location de véhicules industriels avec conducteur.
- Capacité professionnelle en transport routier de personnes : tous véhicules de transport de personnes.
- Transport routier léger de marchandises : exclusivement des véhicules dont le poids maximal autorisé n’excède pas 3,5 tonnes.
- Transport routier de personnes avec des véhicules n’excédant pas neuf places, conducteur compris.
Le mot léger n’est donc pas une nuance de confort : une société qui détient la seule capacité professionnelle en transport routier léger et met en service un porteur de 7,5 tonnes exerce hors de son champ. L’inverse fonctionne, en revanche, l’attestation lourde couvrant l’ensemble de la gamme.

Le gestionnaire de transport, et non l’entreprise
L’article 4 du règlement européen définit précisément qui peut porter la capacité professionnelle au nom d’une société. Le gestionnaire de transport doit remplir trois critères cumulatifs : diriger effectivement et en permanence les activités de transport d’une entreprise, avoir un lien réel avec elle, et résider dans l’Union. Le lien réel s’entend largement : salarié, directeur, propriétaire, actionnaire, dirigeant, ou l’entrepreneur lui-même s’il s’agit d’une personne physique. La direction effective et permanente, elle, se laisse moins facilement arranger. Elle recouvre des missions nommées par le texte : gestion de l’entretien des véhicules, vérification des contrats et des documents de transport, comptabilité de base, affectation des chargements et des services aux conducteurs, contrôle des procédures de sécurité. Les moyens mis à sa disposition doivent lui permettre de les exercer réellement.

Une entreprise de transport routier qui ne compte aucun titulaire dans ses rangs peut désigner un gestionnaire externe, lié par contrat. Le règlement plafonne alors son activité à quatre entreprises au maximum et cinquante véhicules toutes sociétés confondues, et autorise les États membres à abaisser ce plafond. C’est un montage légal, mais exigeant : le contrat doit énumérer les missions réellement exercées, et un gestionnaire qui ne les exerce pas expose les deux parties lors d’un contrôle.
Voie 1 : l’examen national
Pour le transport lourd, l’examen est la voie principale et la seule réellement ouverte à tous. Les conditions d’accès sont inexistantes : aucun prérequis scolaire, aucune expérience exigée, et l’on peut se présenter en candidat libre. Un arrêté du ministre chargé des transports en fixe chaque année la date et les modalités d’inscription.
Pour 2026, les épreuves ont été organisées le mercredi 14 octobre, dans un centre unique à Arcueil pour les candidats domiciliés en métropole, et dans des centres dédiés en Guadeloupe, Guyane, Martinique, Mayotte et à La Réunion. Les inscriptions étaient ouvertes du 5 mai au 26 juin sur la plateforme Cyclades, chaque modification du dossier exigeant une nouvelle validation. Le calendrier varie peu : ouverture au printemps, clôture fin juin, épreuves en octobre.
Deux points font chaque année des dégâts. Le premier : la redevance, environ 30 euros, se règle sur le site du ministère de la transition écologique avant l’inscription, et c’est le récépissé de paiement qu’il faut joindre au dossier. Le second : tout dossier incomplet, ou dont une seule pièce n’est pas strictement conforme, entraîne la non-admission à concourir. Il n’y a pas de rattrapage administratif. Le dossier d’inscription comporte quatre pièces :
- un justificatif d’identité en cours de validité ;
- un justificatif d’adresse ;
- le récépissé de paiement de la redevance ;
- pour tout candidat de nationalité française de moins de 25 ans, un document attestant sa situation au regard des obligations du service national.
La convocation arrive ensuite de façon dématérialisée dans l’espace personnel du candidat.
Le barème, épreuve par épreuve
Depuis juillet 2025, l’examen se compose de deux épreuves écrites : un questionnaire à choix multiples, et une épreuve de questions et d’exercices exigeant une réponse rédigée. Les sujets portent sur l’ensemble des matières de l’annexe I du règlement européen : droit civil et commercial, droit social, droit fiscal, gestion commerciale et financière, accès au marché, normes techniques, sécurité routière.
| Épreuve | Points | Minimum exigé |
|---|---|---|
| Questionnaire à choix multiples | 100 | 50 |
| Questions et exercices rédigés | 100 | 40 |
| Total | 200 | 120 |
La durée totale est de quatre heures et quinze minutes. La réussite à l’examen suppose donc trois conditions simultanées : 120 points sur 200 au cumul, 50 points au minimum au questionnaire, 40 points au minimum à l’épreuve rédigée. Un candidat à 130 points avec seulement 35 points en rédaction est recalé : mieux vaut connaître les trois seuils avant de s’inscrire. C’est la raison pour laquelle les centres de préparation insistent autant sur les exercices chiffrés : ce sont eux qui font basculer la seconde épreuve.

Voie 2 : l’équivalence par le diplôme
Certains diplômes permettent la délivrance directe, sans passage d’un examen. Le piège, ici, tient à la nature du texte : la liste ne figure pas dans l’arrêté. Elle fait l’objet d’une décision du directeur chargé des transports routiers, publiée au Bulletin officiel du ministère et révisée au fil des créations et des suppressions de diplômes. La dernière version connue date de janvier 2025.
La question qui compte est celle de l’intitulé exact, et elle a deux conséquences pratiques. D’abord, l’intitulé doit correspondre exactement à celui de la liste : un intitulé voisin ne donne aucun droit. Ensuite, un diplôme abrogé continue de valoir tant qu’il figure sur la liste en vigueur. Vérifier la décision applicable, ou interroger la direction régionale, est donc un passage obligé.
Les formations recensées sont celles qui couvrent l’ensemble des matières de l’annexe européenne. On y trouve par exemple, côté marchandises, le BTS transport, le BUT management de la logistique et des transports, ou le titre de technicien supérieur en logistique. Le dossier se dépose auprès du préfet de la région : formulaire CERFA 11414, photocopie du diplôme, justificatif d’adresse.

Voie 3 : l’expérience professionnelle
C’est la voie la plus mal comprise, parce qu’elle recouvre deux régimes très différents. En transport lourd, le texte exige d’avoir dirigé de manière continue, dans le secteur du transport routier, une entreprise de transport lourd établie dans l’Union ou dans l’Espace économique européen durant les dix années précédant le 4 décembre 2009. La date est fixe, elle ne glisse pas. C’est une clause de droits acquis, destinée aux dirigeants en activité au moment de l’entrée en vigueur du règlement. Pour quiconque arrive aujourd’hui, cette porte est fermée.
Sous 3,5 tonnes, la voie reste ouverte. Il faut prouver avoir dirigé de manière continue une société de transport public routier de marchandises pendant deux années, et ne pas avoir cessé cette activité depuis plus de dix ans. La preuve se construit avec des pièces précises : contrats de travail et bulletins de salaire pour un salarié, extrait Kbis et certificat d’affiliation à une caisse de retraite de travailleurs non salariés pour un dirigeant indépendant.
Sous 3,5 tonnes : 105 heures de formation
Pour les véhicules n’excédant pas 3,5 tonnes, le régime a changé en 2024 : les règles ont quitté l’arrêté de 2011 pour être codifiées dans le code des transports. La voie normale n’est pas un examen national mais une formation de 105 heures, examen compris, suivie dans un centre de formation agréé par le préfet de région.
L’épreuve finale dure trois heures et s’intègre à la dernière demi-journée. Le barème reprend celui du lourd : 200 points au total, 100 pour le questionnaire et 100 pour les réponses rédigées, avec le même seuil de 120 points et les mêmes minima de 50 et 40. En cas d’échec, le candidat peut se présenter deux fois de plus dans un délai de deux ans sans refaire la formation ; le candidat souhaitant se présenter une quatrième fois doit la recommencer.

Quatre certifications professionnelles dispensent entièrement de la formation et de l’épreuve : les baccalauréats professionnels exploitation des transports, Transport et organisation de transport de marchandises, ainsi que le titre professionnel d’exploitant en transport routier de marchandises du ministère chargé de l’emploi. Pour le transport de voyageurs avec des véhicules de neuf places au plus, la formation passe à 140 heures. Une précision utile à qui lit les textes : le Conseil d’État a partiellement annulé la réforme de 2024, mais uniquement en ce qu’elle n’avait pas différé son entrée en vigueur de deux mois. Le fond des règles n’est pas remis en cause.
Le coût et le financement
La redevance d’inscription à l’examen national est d’environ 30 euros. C’est le seul montant fixé par voie réglementaire : le prix de la préparation, lui, relève de chaque organisme et varie fortement, du stage intensif en présentiel au suivi à distance. Reste à savoir combien de temps y consacrer : pour se préparer au lourd, les centres annoncent le plus souvent deux à trois mois. Le budget total dépend donc surtout du format retenu. Le financement passe par les dispositifs habituels de la formation professionnelle : compte personnel, opérateur de compétences pour un salarié, aide de France Travail pour un demandeur d’emploi. Il vaut mieux vérifier l’éligibilité du programme choisi avant de s’engager, toutes les préparations n’étant pas enregistrées de la même façon. La recherche d’un centre agréé mérite le même soin : l’agrément est délivré en région et publié au recueil des actes administratifs.

Ce que l’attestation ne dispense pas de faire
L’attestation en main, il reste à demander l’inscription au registre électronique national des entreprises de transport par route, et à obtenir la licence communautaire ou intérieure qui autorise concrètement à transporter pour autrui. L’administration vérifie à cette occasion l’honorabilité professionnelle et la surface financière, qui n’ont rien à voir avec la compétence et se démontrent autrement.
L’attestation de capacité professionnelle ne concerne pas davantage la conduite. Un gestionnaire n’a pas besoin du permis C ou CE ; réciproquement, conduire ne suppose aucune attestation de ce type, mais une formation initiale et continue. Les deux parcours sont indépendants, ce qui surprend souvent les candidats en reconversion qui pensent devoir passer par la conduite.
Enfin, la compétence certifiée une fois ne dispense pas de suivre le droit applicable. Les règles de temps de conduite et de repos, les obligations issues du paquet mobilité et le régime du détachement évoluent vite, et c’est au dirigeant qu’incombe de tenir à jour les obligations réglementaires de l’entreprise.
Questions fréquentes
L’attestation a-t-elle une durée de validité ?
Le document n’est assorti d’aucune échéance : il n’y a ni renouvellement ni recyclage périodique, contrairement à la formation continue que les conducteurs repassent tous les cinq ans. La contrainte réelle porte ailleurs, sur la direction effective et permanente, appréciée en continu par l’administration qui tient le registre.
Peut-on créer une entreprise de transport sans être soi-même titulaire ?
Oui, en désignant un gestionnaire externe sous contrat, dans la limite des quatre sociétés et cinquante véhicules prévue par le règlement. Le montage est courant, mais il n’est valable que si la personne désignée exerce réellement les missions énumérées au contrat.
La version allégée permet-elle de passer au lourd ?
Non. Il n’existe aucune passerelle : l’accès au lourd suppose de se présenter à la session nationale, ou d’obtenir une équivalence au vu d’une certification figurant sur la liste.
Combien de fois peut-on se présenter à l’examen national ?
Autant de fois qu’on le souhaite, à raison d’une session par an. Le plafond de trois tentatives et l’obligation de refaire le cursus concernent la seule voie allégée, dont l’épreuve est organisée par le centre de formation.
Où trouver les informations officielles ?
Le service public recense les démarches d’inscription aux examens sur son site, service-public.fr, et le portail capapro-transport.developpement-durable.gouv.fr gère le paiement de la redevance. Les textes eux-mêmes sont consultables : arrêté du 28 décembre 2011 pour le transport lourd, arrêté du 2 août 2024 pour le léger, et règlement européen 1071/2009 pour le cadre général.
Ce qu’il faut retenir
- L’attestation de capacité professionnelle est nominative et porte sur la compétence : elle ne remplace ni l’inscription au registre ni l’autorisation d’exercer.
- Pour le lourd, l’examen national d’octobre est la voie ouverte à tous, sans prérequis, avec une inscription en ligne au printemps.
- Le barème est à trois serrures : 120 points sur 200, dont 50 au questionnaire et 40 à l’écrit rédigé.
- Sous 3,5 tonnes, la voie normale est une formation de 105 heures en centre agréé, examen compris.
- L’expérience professionnelle n’ouvre plus le lourd depuis la clôture du 4 décembre 2009, mais reste valable en léger avec deux années de direction.
- La liste des diplômes admis en équivalence change : aller voir la décision en vigueur avant toute demande.
- L’obtention passe par ces trois voies et pas d’autres ; deux d’entre elles sont étroites ou fermées.








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